QS Meetup #5: Quel bilan pour le CES 2016 ?

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Depuis maintenant 1 an, Neotrope rassemble les acteurs et les curieux qui gravitent autour des technologies Wearables durant les Quantified Self Meetup. Cette cinquième édition qui a eut lieu le 28 Janvier dernier avait pour objectif principal de revenir sur les annonces majeures faites autour des Wearables durant le CES 2016 de Las Vegas. Avec une assemblée composée de spécialistes de la Mode, de mathématiciens, d’ingénieurs, d’investisseurs,  d’étudiants et de chercheurs, le Quantified Self Meetup s’est déroulé sous forme d’échanges volontaires ou chacun est libre d’apporter son expertise sur les sujets qui font débat.

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Au programme: études des usages des Wearables au sein de l’audience: qui utilise quoi ? Présentation des innovations les plus marquantes du CES, vulgarisation de l’approche neuroscientifique de la mesure de soi dans l’environnement de travail et retour sur 10 ans d’innovations dans le domaine du textile intelligent au travers d’initiatives de créateurs.

Sondage: Quels Wearables pour nos Self Quantifiers ?

Les questions posées sur la plate-forme Meetup révèlent que 55% des participants possèdent un Wearable (contre 50% lors de la dernière edition) et que 80% d’entre eux l’utilisent régulièrement (contre 62,5% lors de la précédente édition). Un échantillon limité mais qui fait ressortir un insight intéressant: lorsque l’on sait que l’année dernière aux Royaume Unis 40% des utilisateurs se sont séparés de leur wearable au bout de quelques mois (source CCS Insight), on peut penser que les technologies plus récentes se font plus discrètes et se font plus facilement oublier par le porteur.

CES 2016: des technologies adolescentes

Malgré l’attention portée autour de la réalité virtuelle et des self-driving cars cette année, beaucoup s’accordent à dire que l’édition 2016 du salon fut loin d’être la meilleure. En effet, lorsque l’on met en perspective cette année avec celles qui ont vues les annonces du lecteur VHS ou du téléphone portable, l’année 2016 parait sensiblement décevante.

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Nous sommes entre deux grandes ères technologiques: d’un coté, les smartphones et les téléviseurs HD ont atteint une certaine maturité. De l’autre, la réalité virtuelle, les smartcars et la réalité augmenté ne sont qu’à leurs balbutiements. Aucune entrée sur le marché de masse n’est à prévoir dans les mois qui arrivent pour la plupart des nouvelles technologies mais cela n’a pas empêché les constructeurs à présenter des innovations loin de manquer d’intérêt:

Samsung: Samsung Gear S2 et WELT
Le fabriquant coréen fait parler de lui en voulant étendre son marché: la compatibilité de ses smartwatch ne se fera plus seulement sur Android mais aussi sur iOS. Une bonne nouvelle pour les possesseurs d’iPhone souhaitant mettre l’Apple Watch à l’épreuve de sa concurrente.

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Autre révélation notable: Samsung a promis le portage de Samsung Pay sur Samsung Gear S2 courant 2016. Initialement prévu pour Novembre 2015, Samsung promet que ses utilisateurs pourront payer directement depuis leur montre connectée dès cet année.

Le paiement via mobile a fait débat durant le Meetup, posant des question de sécurité et surtout de vie privée. Si demain le paiement via téléphone ou Wearable se généralise, les données qu’il génère appartiendront elles aux entreprises qui proposent ces services ? Quels usages pourront elles faire des relevés de compte ?

Toujours à la recherche d’innovations, Samsung a aussi présenté WELT, une ceinture connectée qui permet de mesurer de nombreuses constantes notamment lorsque l’utilisateur est assit. Les avis ont convergé pendant le Meetup: une bonne idée mais qui pose un problème de batterie. Alors que l’ont doit déjà recharger son ordinateur, son portable et son bracelet, un objet de plus à brancher semble de trop.

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Samsung Gear S2: €349.00
Samsung WELT: nc

Misfit: Un pas vers le fashionable avec Misfit Ray

Le rachat de l’entreprise par les montres Fossil se fait ressentir dans la nouvelle direction prise par la nouvelle collection, surtout le design produit. En effet le Misfit Ray a été élu Wearable of The Year par le magazine The Verge grâce à son parti pris sur le design. Dans un marché où les objets connectés sont orientés feature, c’est le choix du design qui peut déclencher l’adoption de masse. On remarque d’autres intentions du même genre, comme le rapprochement d’Apple et de la société de luxe Hermès.

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Misfit Ray: 99,99$

Withings: Le choix de la batterie avec Withings Go et sa technologie E-Ink.

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Le Fabriquant français a présenté un fitness tracker d’entrée de gamme utilisant la technologie E-ink. Le capteur joue sur la discretion et la facilité d’utilisation puisque la batterie pourrait tenir jusqu’à 8 mois sans recharge.
Le débat: Pourquoi ne pas simplement utiliser son téléphone comme podomètre ? Pourquoi s’encombrer d’un Wearable pour le tracking ? Nous nous sommes accordés sur la complémentarité: le smartphone est un micro ordinateur qui dispose d’une multitude de capteurs avec lequel on peut mesurer la luminosité, les pas et la distance etc. Il reste cependant un terminal puisque sa fonction de base reste celle d’un téléphone. Les Wearables quant à eux sont des extensions de l’utilisateurs, leur « force » restent dans leur aspect … Wearable. Votre portable ne vous suivra pas pendant votre sommeil au pendant la pause café si vous le laissez sur votre bureau. C’est d’ailleurs ici un axe de travail majeur pour les bracelets et montres connectés: ils doivent savoir se faire oublier, contrairement aux smartphones.

Interlude: la calcul des calories perdues et gagnées

Suite au procès adressé à Fitbit, accusé de ne pas mesurer correctement le rythme cardiaque de ses porteurs (procès qui, après délibération a donné raison au fabriquant, assurant que le rythme cardiaque mesuré était correct.) on peut se poser la question de l’exactitude des données mesurées par les capteurs. Nous nous sommes demandés si la mesure des calories dépensées était exacte, et si non, comment pouvions nous la mesurer ? La réponse réside d’abord dans le fait que le Quantified Self est d’abord un indicateur: ce n’est pas forcément le nombre de calories dépensées qui compte mais les nombre de calories dépensées par rapport à hier ou à demain. Les Wearables permettent d’être conscient des effort accomplis (ou non accomplis) et donc de s’y adapter pour atteindre un objectif. De plus, le problème du calcul de calories perdues ou dépensées ne réside pas dans les capteurs équipés sur les Wearables mais dans les systèmes de captation en général, en effet, il reste très compliqué de mesurer le nombre de calories dans un burger que ce soit pour le compte d’une entreprise, ou pour notre propre mesure.

Ces capteurs, qu’ils soient scientifiquement précis ou non, peuvent cependant aller jusqu’à sauver des vies. Les avions, les voitures et les appareils médicaux en sont pleins et ils permettent de prévoir un danger ou un accident avant même que le pilote ou le médecin ne puisse le percevoir.

Dans ce cas, le facteur risque n’est-il apporté que par l’homme et son potentiel manque de vigilance ?

L’humain, maillon faible des systèmes techniques ?

Geraldine Van Der Beken, chercheuse en Neurosciences, nous a présenté une approche vulgarisé de l’aspect neuroscientifique du quantified self dans le monde du travail. Après le crash aérien du 28 Mars 2015 causé par un pilote Allemand souffrant de troubles psychologiques les companies de transport on intensifiés leurs recherches autour de nouvelles façons de prévoir le manque de vigilance de leurs employés. Des études ont alors été menées par les compagnies aériennes pour déterminer les conséquences que pouvaient déclencher le manque de maitrise de l’environnement professionnel ou personnel de l’employé dans les métiers à forte responsabilité.

Ces entreprises ont alors pensé à la mesure de soi comme moyen de prévention. On peut en effet mesurer la fatigue, la santé physique et psychologique, l’attention, la vitesse de traitement de l’information, la charge émotionnelle, les troubles cognitifs et les stress pour prédire d’éventuels dérapages. Le burnout est aujourd’hui considéré comme une maladie à part entière et mesurer le travailleur avant et pendant son activité pourrait prévenir ce type de pathologies. On peut noter que les déterminants externes ont aussi une part de responsabilité majeure dans l’équilibre du personnel: aucun pilote d’avion ou conducteur de train n’est le même, leurs entourages influent sur eux et sur leurs performances.

On apprend alors qu’en recherche, on a une palette d’outil pour mesurer l’activité cérébrale: La Magnétoencephalographie (mesure des champs magnétiques), l’électroencéphalogramme (activité électrique du cerveau) ou l’IRM, qui permet d’observer l’activité cérébrale tout en laissant le patient libre de ses mouvements.

Mais alors, le Quantified self au travail, quelle acceptabilité juridique et pratique ? Les entreprises ne devraient sûrement pas avoir accès aux constantes vitales de leurs employés. Dans ce cas, comment mettre en pratique cette mesure de soi pour sécuriser l’environnement de travail ? Nous pensons que l’état doit être auto-évalué, c’est le pilote qui choisi si il est en état de faire son travail. Des questions restent cependant ouvertes, comme la fiabilité des capteurs dans des environnements soumis à beaucoup de vibration par exemple

Ces systèmes restent lourds à mettre en place et on peut alors se demander si ce ne serait pas plus simple de confier ce genre de tâches à des robots dans un futur proche ? On peut penser que l’homme est le maillon faible du sytème, puisqu’il est soumis à des insécurités. Cependant, ayant lui meme créé le système c’est lui qui le surveille et le répare et non l’inverse. La machine ne peut pas remplacer l’homme car même si elle a une vitesse de calcul plus importante, elle ne comprend toujours pas la notion de concept, or cette notion est primordiale pour son autonomie complète.

Au delà des fonctionnalité offertes par les Wearables il semble difficilement imaginable de voir une adoption de masse de ces technologies avant qu’elles n’aient fait un grand pas en avant en matière de Design. Heureusement, de nombreux créateurs incluent aujourd’hui la technologies dans leurs collections, un phénomène qui donne beaucoup d’espoir quand à l’aspect fashionable des textiles intelligents

Les Textiles Intelligents, nouvelle source d’inspiration pour les créateurs

Anouk Wipprecht et la Synapse Dress

La créatrice Néerlandaise signe ici une collaboration avec Intel pour une robe imprimée en 3D et équipée de Bio-Capteurs. Compte tenu de la distance du porteur par rapport a ses interlocuteurs, la robe exprime son d’agressivité au travers de flashs plus ou moins puissants. Un rendu à la fois animal et plein d’allure:

Pauline Van Dongen et l’énergie solaire

Autre créatrice venant tout droit des Pays bas Pauline Van Dongen a lancé un label de mode technologique dès sa sortie de l’Académie des arts de Arnhem. Ses créations utilisent des cellules solaires pour capter l’énergie autour de la porteuse et pouvoir la redistribuer, à son téléphone par exemple:

ShiftWear, la sneaker au style infini

Crée par David Coelho la Shiftwear sort tous droit du financement participatif pour permettre aux (chanceux) porteurs de changer le Design de la chaussure à l’infini. Proposée à un prix d’entrée de gamme à 350$ les premières livraisons sont prévues pour le 1er Novembre 2016.

Un grand merci à tous les participants du Meetup pour leur engagement et leurs retour ! Si vous aussi vous souhaitez vous exprimer sur les Wearables de demain, rejoignez nous pour le QS Meetup #6 du mois de Février en tant que simple spectateur ou pour faire une intervention !